Terre de réussite

Réussite 47

«Faire des études, c’est accéder à la connaissance»

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106 jeunes de l’Aide sociale à l’enfance ont obtenu un diplôme, une certification ou une formation qualifiante en 2024. — Dép. 47 – Xavier Chambelland

Ils sont la preuve que les jeunes de l’Ase (Aide sociale à l’enfance) peuvent poursuivre des études supérieures avec succès. Malgré leur parcours de vie semé d’embûches, ils font preuve de ténacité pour décrocher un diplôme ou une certification leur ouvrant les portes vers un métier correspondant à leur valeur. Objectif : améliorer leur vie, et parfois celle des autres. Rencontre avec trois jeunes faisant des études supérieures de droit, de médecine et de gestion.

Nysrine, Mahmudur et Pritom parlent ouvertement de leur parcours de vie qu’ils ont décidé de prendre en main alors qu’ils avaient respectivement 14 ans et demi et presque 17 ans. Tous, enfants de l’Ase (Aide sociale à l’enfance), ils sont aujourd’hui majeurs et fiers de faire des études supérieures, mettant ainsi à mal les statistiques sur la réussite scolaire des enfants placés. Pour eux, les études sont synonymes de liberté, d’indépendance, de connaissance, de pouvoir. Ils veulent être maîtres de leur destin et bien souvent, ils choisissent un métier leur permettant d’aider, d’une manière ou d’une autre, les autres.
Leur « renaissance » a débuté par une fuite, d’une maison ou d’un pays. « J’ai fugué de chez moi à 14 ans et demi pour fuir ma famille… » Aujourd’hui, Nysrine a posé ses valises à Saint-Sylvestre-sur-Lot. Tous les jours, elle fait le trajet en bus pour aller à la fac de droit d’Agen. « Avec ce que j’ai vécu, je veux dénoncer des choses dont on ne parle pas...», souffle-t-elle. Par « on », elle entend les enfants de l’Ase, ceux qui sont retirés de chez leurs parents pour cause de négligence, de maltraitance… « Pourtant, ils continuent d’avoir l’autorité parentale même si on est placé ! Ils ont leurs mots à dire sur nos choix ! », s’indigne-t-elle. Alors cette année, elle est en 1re année de droit pour, plus tard, faire bouger les lignes. « Je veux être juge d’instruction », déclare celle qui a déjà en poche un bac Sciences et technologies de l’hôtellerie et de la restauration. Elle connaît les statistiques sur les difficultés scolaires des enfants de l’Ase. Mais, il faut arrêter de mettre tous les jeunes placés dans le même panier. « Je n’ai jamais redoublé. J’ai toujours eu de bonnes notes. » Elle a aussi rencontré des enseignants et des éducateurs qui ont cru en elle et qui l’ont bien aiguillée.

Idem pour Mahmudur. Sa professeure de Français de collège ne voulait pas qu’il aille en apprentissage au vu de ses résultats scolaires. Arrivé en France en 2018 à 14 ans et demi, il avoue avoir passé beaucoup d’heures devant son ordinateur pour apprendre le français. Le travail du jeune bangladais a porté ses fruits puisqu’il décroche son brevet avec mention très bien et son bac avec les spécialités Science et vie de la terre et Physique-chimie option Maths avec la même mention ! « Au fond de moi, je voulais être médecin mais je ne me sentais pas assez compétent… Je ne pensais pas en être capable. » Pourtant, il réussit sa licence avec options Accès santé (LAS) et Anglais, validant ainsi sa 1re année de médecine. « Le passage à mes 18 ans a été un moment délicat. Il a fallu que je trouve un travail pour gagner un peu d’argent. J’ai donc été plongeur dans un restaurant le week-end. » Aujourd’hui en 2e année à la fac de médecine de Poitiers, il travaille toujours aussi dur et choisira sa spécialité à la suite des nombreux stages qu’il doit effectuer. Sa belle-famille et sa compagne qui suit les mêmes études que lui le soutiennent et l’encouragent. « C’est motivant. »
Ce qui motive Pritom, c’est la connaissance car c’est une sorte de pouvoir. Alors, il souhaite aller le plus loin possible dans ses études. Il a 16 ans et 10 mois lorsqu’il arrive en France en 2022. « Ça a été très dur… Le bateau… Je ne parlais pas le Français… », se remémore-t-il la voix chargée d’émotion et de pudeur. « Au Bangladesh, les minorités religieuses, comme les hindous, font face à des discriminations importantes. Cela a rendu ma situation très difficile et m’a poussé à fuir mon pays. Venir en France représentait pour moi une chance de construire un avenir, notamment à travers les études. » Alors Pritom a une sorte de voracité en lui qui le pousse à apprendre sans cesse. Au lycée de Fumel où il est interne, il obtient un CAP cuisine-service avec la mention très bien et il espère décrocher un bac pro Agora (Assistance à la gestion des organisations et de leurs activités). Ayant un très bon niveau, il est directement passé en première ! Il pense déjà à la suite : un BTS ou une licence en comptabilité pourquoi pas. « J’aime aussi le contact des gens et parler avec eux… alors aller vers le social... »
Pour l’heure, rien n’est figé pour ces trois jeunes gens. Ils se laissent les portes ouvertes pour choisir leur futur métier.
Le mot de Christine Gonzato-Roques