Rencontre
Tomatille, Roupette,
Tara, Omelette, Taboulé,
Tartine et Luciole et le
reste du troupeau pâturent
tranquillement dans les bois
et les prairies de la ferme de
Tendou à Parranquet. Les
52 chèvres, la quinzaine de
chevreaux et les quatre boucs
Poséidon, Ulysse, Zeus et
Vulcain ont à leur disposition
quelque 30 hectares. « Elles
sont dehors toute l’année et
mangent toutes les jeunes
pousses qu’elles trouvent, tous
les ligneux, c’est-à-dire les petits
arbres, les arbustes, les buissons,
les broussailles », explique
Bénédicte Huttinger. Les chèvres
sont en effet des cueilleuses et
de très bonne débroussailleuses.
« Elles ne vont pas forcément
là où elles voudraient. Elles
pâturent dans des parcs afin
que certaines zones leur soient
inaccessibles pour laisser le
temps à la végétation de se
régénérer, sinon elles mettraient
tout à nu. Il faut savoir gérer
leur environnement. Elles sont
en liberté conditionnelle ! »
Bénédicte et son compagnon
Rémi Bourcy sont très soucieux
de respecter la saisonnalité et
les cycles. Ils n’utilisent pas
de produits chimiques ou de
grains OGM. Ils pratiquent la
Bio comme une évidence dans
le respect de l’animal et de la
nature. D’ailleurs chaque chèvre
possède un prénom. « On les
a adoptées en venant nous
installer ici. Elles font partie
de la famille. » Toutes ont une
robe différente qui permet de les
reconnaître. Omelette a les poils
blancs autour des yeux. Tara a
les oreilles beiges et le poil blanc
alors que Tartine est grise avec
le dessus du dos noir… « Nous
avons voulu un troupeau bariolé
et nous croisons plusieurs races
afin de retrouver de la rusticité,
principal trait de caractère que
nous souhaitons développer.
L’autre conséquence de ce choix-là
est de n’avoir aucune chèvre
qui se ressemble, plutôt utile
pour les différencier ! »
L’aventure a débuté le 15 février
2022 pour le couple. « Du jour au
lendemain, nous nous sommes
retrouvés dans un lieu qu’on
ne connaissait pas avec deux
enfants en bas âge (4 et 7 ans)
et avec une cinquantaine de
chèvres. » L’ancienne éleveuse
vendait son exploitation pour
effectuer une reconversion
professionnelle, tout comme le
jeune couple. Rémi était saisonnier
dans l’agricole, gardant des
troupeaux de brebis en alpage
l’été et tondant ces mêmes
troupeaux en bergerie l’hiver.
Bénédicte, avec son master de
lettres, a été enseignante en
lycée professionnel durant 2
ans. « Je n’étais pas à ma place. Cela ne me plaisait vraiment
pas. Alors sur un coup de tête,
j’ai pris mon vélo et j’ai fait le
tour de France pour faire du
woofing dans les fermes durant
une année. » Là, elle apprend à
travailler dans les exploitations
bio. Elle croise le chemin de
Rémi à Gap en Hautes-Alpes lors
d’une formation. Une fois leur
BPREA obtenu (Brevet professionnel
responsable d’exploitation
agricole), ils décident de
s’installer en bio, bien évidemment
! Ils pensaient trouver une
ferme dans ce département,
mais leur recherche fut vaine.
« C’est vraiment par hasard et
par le bouche à oreille qu’on se
trouve aujourd’hui ici, en Lot-et-
Garonne. On n’avait jamais mis
les pieds dans ce département. »
Ils ont été surpris de l’accueil
chaleureux et bienveillants qu’ils
ont rencontré. « Les agriculteurs
des alentours nous ont aidés,
soutenus et encouragés », se
rappellent-ils.
Pour les aider à démarrer, ils
lancent une campagne de
financement participatif sur la
plate-forme Miimosa, dédiée
à l’agriculture. « L’idée était de
récolter des fonds pour acheter le
troupeau. En échange du don, la
personne pouvait parrainer une
chèvre et lui donner un nom. »
Le Département a aussi soutenu
les jeunes éleveurs en leur
octroyant une aide forfaitaire
pour leur installation en Bio.
Deux ans, plus tard, ils volent de
leurs propres ailes et produisent
leurs fromages : tomme, fromage
très frais, crémeux, sec,
fromage blanc. Bénédicte est
dans le laboratoire tous les jours,
après les traites du matin et du
soir. Pour écouler la production,
ils vont sur les marchés de
Monflanquin et de Villeréal*,
et vendent aussi sur place à la
ferme, le lundi soir.
« Nous avons
bloqué un créneau d’une heure le
lundi soir, juste après une visite
guidée de la ferme. Faire visiter
l’exploitation aux personnes
est important pour expliquer
notre travail et faire découvrir
nos produits », précise Rémi.
Les éleveurs fromagers vendent
aussi de la viande de chevreau.
« Elle est très peu consommée,
car peu connue. Pourtant, c’est
une viande maigre, pas du tout
grasse. Son goût est très fin,
très doux parce que les mères
pâturent à l’extérieur et que les
chevreaux tètent leurs mères
jusqu’à ce qu’ils soient sevrés. »
Les chevreaux restent le plus
longtemps possible sous la mère,
malgré le manque à gagner. En
effet, durant ce temps d’allaitement,
Bénédicte et Rémi ne font
pas de fromages avec le lait ! La
séparation se fait lorsque l’animal
pèse entre 15 et 16 kg. C’est
à ce moment-là que la collecte
du lait peut reprendre. « Nous
essayons de nous améliorer
chaque jour d’avantage », conclut
humblement le couple qui trouve
aussi d’autres débouchés comme
la confection de savon.
*Marchés de Monflanquin tous les
jeudis matins, de Villeréal tous les
samedis matins. Vente à la ferme les
lundis de 17 h 30 à 18 h 30. Et visite
guidée de la ferme le lundi de 16 h 30
à 17 h 30.
Gaec La ferme de Tendou
3253 Route de Tendou
47210 Parranquet
lafermedetendou@gmail.com
06 48 01 84 55
lafermedetendou
La filière caprine