Naturellement 47

Semaine de la Bio

La chèvre est dans le pré...

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— Dép. 47 - Xavier Chambelland

Avec 22 éleveurs en bio et 55 en élevage conventionnel, la filière caprine mérite d’être connue, d’autant plus que les produits issus des fermes sont nombreux et variés : viande, lait, fromage mais aussi du mohair et même du savon !

Rencontre


Tomatille, Roupette, Tara, Omelette, Taboulé, Tartine et Luciole et le reste du troupeau pâturent tranquillement dans les bois et les prairies de la ferme de Tendou à Parranquet. Les 52 chèvres, la quinzaine de chevreaux et les quatre boucs Poséidon, Ulysse, Zeus et Vulcain ont à leur disposition quelque 30 hectares. « Elles sont dehors toute l’année et mangent toutes les jeunes pousses qu’elles trouvent, tous les ligneux, c’est-à-dire les petits arbres, les arbustes, les buissons, les broussailles », explique Bénédicte Huttinger. Les chèvres sont en effet des cueilleuses et de très bonne débroussailleuses. « Elles ne vont pas forcément là où elles voudraient. Elles pâturent dans des parcs afin que certaines zones leur soient inaccessibles pour laisser le temps à la végétation de se régénérer, sinon elles mettraient tout à nu. Il faut savoir gérer leur environnement. Elles sont en liberté conditionnelle ! » Bénédicte et son compagnon Rémi Bourcy sont très soucieux de respecter la saisonnalité et les cycles. Ils n’utilisent pas de produits chimiques ou de grains OGM. Ils pratiquent la Bio comme une évidence dans le respect de l’animal et de la nature. D’ailleurs chaque chèvre possède un prénom. « On les a adoptées en venant nous installer ici. Elles font partie de la famille. » Toutes ont une robe différente qui permet de les reconnaître. Omelette a les poils blancs autour des yeux. Tara a les oreilles beiges et le poil blanc alors que Tartine est grise avec le dessus du dos noir… « Nous avons voulu un troupeau bariolé et nous croisons plusieurs races afin de retrouver de la rusticité, principal trait de caractère que nous souhaitons développer. L’autre conséquence de ce choix-là est de n’avoir aucune chèvre qui se ressemble, plutôt utile pour les différencier ! »

L’aventure a débuté le 15 février 2022 pour le couple. « Du jour au lendemain, nous nous sommes retrouvés dans un lieu qu’on ne connaissait pas avec deux enfants en bas âge (4 et 7 ans) et avec une cinquantaine de chèvres. » L’ancienne éleveuse vendait son exploitation pour effectuer une reconversion professionnelle, tout comme le jeune couple. Rémi était saisonnier dans l’agricole, gardant des troupeaux de brebis en alpage l’été et tondant ces mêmes troupeaux en bergerie l’hiver. Bénédicte, avec son master de lettres, a été enseignante en lycée professionnel durant 2 ans. « Je n’étais pas à ma place. Cela ne me plaisait vraiment pas. Alors sur un coup de tête, j’ai pris mon vélo et j’ai fait le tour de France pour faire du woofing dans les fermes durant une année. » Là, elle apprend à travailler dans les exploitations bio. Elle croise le chemin de Rémi à Gap en Hautes-Alpes lors d’une formation. Une fois leur BPREA obtenu (Brevet professionnel responsable d’exploitation agricole), ils décident de s’installer en bio, bien évidemment ! Ils pensaient trouver une ferme dans ce département, mais leur recherche fut vaine. « C’est vraiment par hasard et par le bouche à oreille qu’on se trouve aujourd’hui ici, en Lot-et- Garonne. On n’avait jamais mis les pieds dans ce département. »
Ils ont été surpris de l’accueil chaleureux et bienveillants qu’ils ont rencontré. « Les agriculteurs des alentours nous ont aidés, soutenus et encouragés », se rappellent-ils.
Pour les aider à démarrer, ils lancent une campagne de financement participatif sur la plate-forme Miimosa, dédiée à l’agriculture. « L’idée était de récolter des fonds pour acheter le troupeau. En échange du don, la personne pouvait parrainer une chèvre et lui donner un nom. »
Le Département a aussi soutenu les jeunes éleveurs en leur octroyant une aide forfaitaire pour leur installation en Bio. Deux ans, plus tard, ils volent de leurs propres ailes et produisent leurs fromages : tomme, fromage très frais, crémeux, sec, fromage blanc. Bénédicte est dans le laboratoire tous les jours, après les traites du matin et du soir. Pour écouler la production, ils vont sur les marchés de Monflanquin et de Villeréal*, et vendent aussi sur place à la ferme, le lundi soir.

« Nous avons bloqué un créneau d’une heure le lundi soir, juste après une visite guidée de la ferme. Faire visiter l’exploitation aux personnes est important pour expliquer notre travail et faire découvrir nos produits », précise Rémi. Les éleveurs fromagers vendent aussi de la viande de chevreau. « Elle est très peu consommée, car peu connue. Pourtant, c’est une viande maigre, pas du tout grasse. Son goût est très fin, très doux parce que les mères pâturent à l’extérieur et que les chevreaux tètent leurs mères jusqu’à ce qu’ils soient sevrés. » Les chevreaux restent le plus longtemps possible sous la mère, malgré le manque à gagner. En effet, durant ce temps d’allaitement, Bénédicte et Rémi ne font pas de fromages avec le lait ! La séparation se fait lorsque l’animal pèse entre 15 et 16 kg. C’est à ce moment-là que la collecte du lait peut reprendre. « Nous essayons de nous améliorer chaque jour d’avantage », conclut humblement le couple qui trouve aussi d’autres débouchés comme la confection de savon.

*Marchés de Monflanquin tous les jeudis matins, de Villeréal tous les samedis matins. Vente à la ferme les lundis de 17 h 30 à 18 h 30. Et visite guidée de la ferme le lundi de 16 h 30 à 17 h 30.

Gaec La ferme de Tendou
3253 Route de Tendou
47210 Parranquet
lafermedetendou@gmail.com
06 48 01 84 55
lafermedetendou

La filière caprine