De la nécessaire
cohabitation de 1939, il reste
des liens indélébiles d’amitié. Ils se
traduisent notamment par le jumelage
de 16 communes et les échanges réguliers
des deux départements.
Seize communes du département
ont un double panneau d’entrée
d’agglomération : un indique la
ville dans laquelle entre le conducteur,
l’autre mentionne sa « jumelle » dans
le Haut-Rhin. Par exemple, à côté du
panneau « Castillonnès » est apposé
celui de « Soultzeren »… L’origine
du jumelage des communes et des
départements de Lot‑et‑Garonne et du
Haut-Rhin remonte à 1939.
Le 1er septembre de cette année‑là, près
de 600 000 Alsaciens furent obligés
de partir car ils habitaient en bordure
immédiate du Rhin, dont la rive gauche
avait été remilitarisée par Hitler en 1936.
Se préparant au pire, l’administration
française avait prévu d’évacuer les
villes et villages frontaliers vers une
destination restée secrète jusqu’au
dernier moment. C’est donc le jour de
la mobilisation générale que 450 000
familles furent évacuées vers le Sud‑Ouest : Dordogne, Haute‑Vienne, Lot‑et‑Garonne, Gers, Landes… Au moins
39 000 Haut‑Rhinois achevèrent leur
voyage en gare de Marmande et d’Agen.
De là, des autobus et des camions les
transportèrent jusqu’à leur village
d’accueil.
« Le départ n’était pas préparé. On en avait vaguement parlé… Ça menaçait
du côté de l’Allemagne… On l’a su au
moment de la déclaration de la guerre.
On nous a dit : " il faut que vous partiez
dans les 2 heures ". On a quitté Biesheim
en laissant les clés sur les portes pour
loger les soldats français. Ma mère a
pris une valise et a préparé nos cartables
avec du linge de
rechange en
disant " au moins
vous aurez ça " ».
Marlène avait
alors 10 ans. En
2009, pour les 70 ans de l’évacuation,
elle avait souhaité témoigner (ci‑contre)
pour que les jeunes n’oublient pas.
D’autres Alsaciens revenaient sur les
conditions du voyage (6 jours d’affilée
dans des trains à bestiaux, à même la
paille, ou dans des wagons, mangeant
des « gâteaux de soldats ») puis,
l’arrivée dans les communes d’accueil
où il a fallu improviser pour donner
un « toit » aux réfugiés. Haut-Rhinois
et Lot‑et‑Garonnais ont dû apprendre
à se connaître, à se faire confiance, à
s’apprivoiser… Après la guerre, certains
ont choisi de rester pour fonder une
famille, d’autres ont voulu retrouver
leurs racines. Aujourd’hui, il reste un
jumelage actif entre 16 communes et les
deux départements.
Témoignages - Alsaciens, l'exode intérieur
Archives départementales - Expo « Évacuation et accueil »